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Lettre
écrite par un correspondant anonyme et
inspirée par l’Esprit Saint,
en ce qui
concerne la définition de la
Prière et ses effets. Cette
lettre se passe de commentaires et
suffit à répondre à toutes les
questions et à l'affirmation la plus
courante « j'ai bien prié mais en
vain ! » :
« En
réalité, qu’est-ce que la
Prière ? – Pour le rationaliste,
c’est une chose
incompréhensible ; pour le
mystique, c’est la chose du monde la
plus simple à comprendre, parce que la
prière est l’acte mystique par
excellence.
La Prière,
la vraie prière, est un élan du cœur
par lequel on s’élève vers Dieu avec
amour ; elle ne demande aucun
effort. Le mystique, quand il pense à
Dieu, ne peut pas plus réprimer son
émotion, sa joie et sa confiance, que
l’enfant qui, revoyant sa mère après
une courte séparation, ne peut
s’empêcher de se jeter dans ses bras.
Et, chose trop peu connue, de même que
la mère ouvre ses bras et court
au-devant de son enfant, de même Dieu
vient au devant de celui qui prie et
le serre avec amour en ses bras, s’il
m’est permis de parler des bras de
Dieu ; mais l’anthropomorphisme
est inévitable pour se faire
comprendre.
A la
rigueur, cette prière-là suffit à
tout : qu’avons-nous besoin de
demander au Père Céleste ? Le
Christ ne nous a-t-il pas dit qu’Il
sait tout ce dont nous avons besoin,
avant que nous ne lui
demandions ? Dieu ne pourvoit-il
pas à nous fournir tout ce qui nous
est nécessaire ? – « J’ai
été jeune et j’ai vieilli : et je
n’ai pas vu le
Juste
abandonné,
ni ses enfants cherchant du
pain. » - Cela est vrai, mais
tous les hommes ne sont pas mystiques
et capables d’un abandon aussi complet
entre les mains de la Providence. Nous
sommes donc obligés de considérer la
Prière à un autre point de vue. Le
mystique même, capable de pareils
élans, éprouve le besoin de demander à
Dieu, nominalement, ce qu’il désire.
Et cela n’est pas défendu : bien
mieux, Dieu aime à ce que nous le
prenions comme confident et nous
engage à lui demander tout ce dont
nous croyons avoir besoin, soit dans
l’ordre spirituel, soit dans l’ordre
temporel.
Beaucoup de
personnes croient qu’on ne doit
demander à Dieu aucun avantage
temporel : c’est une erreur. Il
n’y a aucune offense à cela, à une
condition toutefois : c’est qu’on
ne tombe pas dans l’utilitarisme. On
ne peut adorer en même temps Dieu et
Mammon. Si je demande à Dieu de me
guérir, ou de me faire trouver de quoi
payer mon terme, ou toute autre chose,
je peux obtenir ce que je demande,
comme aussi ne pas l’obtenir. Si j’ai
obtenu ce que j'ai demandé, je trouve
cela fort commode, et j’ai tendance à
ne plus demander, mais à exiger ce qui
m’est dû et je ne mets à mes demandes
aucune discrétion. Si, au contraire,
je n’ai rien obtenu de ce que je
demandais, me voilà tout découragé et
je trouve qu’il est bien inutile de
prier.
Combien de
fois n’ai-je pas entendu :
Oh ! tout ça c’est des
bêtises ! J’ai bien prié, moi,
mais n’ai jamais rien eu : alors
à quoi bon ?
Parler
ainsi est une grave offense envers la
Sagesse et la Bonté Infinie de Dieu,
qui sait mieux que nous comment il
faut rendre justice à chacun.
Dans la
prière tout doit être
désintéressé : la demande qu’on
fait peut avoir un but particulier,
d’accord ; mais elle doit quand
même reposer sur l’intérêt général,
par exemple pour l’amour de notre
prochain, pour lui venir en aide.
Quand on n’agit pas dans ce sens, on
tente de faire un marché avec
Dieu : et ceci est un danger
réel.
Quand on
demande un avantage quelconque, il
faut être prêt à dire du fond du
cœur : Mon Dieu ! j’aurais
bien voulu telle chose, vous ne me
l’avez pas donnée : vous avez
pour cela des raisons que j’ignore
sans doute.
Fiat
!
Quand vous
sentez en vous de pareilles
dispositions, vous pouvez
demander
tout
ce que vous
voudrez : vous êtes sûrs de
plaire à Dieu, loin de lui déplaire.
Dieu veut que nous l’aimions, que nous
nous unissions à Lui, mais il veut
aussi que les hommes s’aiment entre
eux et soient unis.
La prière
spontanée est celle qui jaillit du
cœur, forte d’une confiance
inébranlable en la Bonté et la Sagesse
de Dieu, qui ne veut que notre
bonheur, mais qui aussi exige, de tout
l’amour qu’Il a pour nous, que sa
créature devienne parfaite. La prière
spontanée est celle dans laquelle on
parle à Dieu comme à une personne que
l’on voit et pour laquelle on a grande
affection. Dans cette prière on fait à
Dieu ses petites confidences, on lui
demande des conseils, on implore des
grâces spirituelles, voire même les
faveurs temporelles, on lui confie ses
joies et ses peines, on le remercie de
tout ce qu’on a déjà reçu, on lui dit
qu’on l’aime de tout son cœur. Tout
cela paraît difficile de prime abord,
et je conviens que les premières fois
on ne réussit guère : cela paraît
si étrange, on se fait soi-même
l’effet d’un halluciné. Mais on n’est
pas longtemps à sentir la foi pénétrer
en son âme, et bientôt ce genre de
prière devient un besoin : on
finit même par sentir constamment la
présence de Dieu, et chaque fois qu’on
est sur le point de mal faire, on Le
voit s’attrister, et on se
retient.
Certes, on
peut faire des péchés tout de
même : la nature est trop faible
pour vaincre toujours le mal, mais au
moins on ne pèche plus que par
infirmité : la mauvaise volonté
est absente, et le chagrin qu’on
éprouve à chaque faute ressemble
singulièrement à la contrition
parfaite. Quand on est dans cette
disposition d’âme, on ne demande
jamais que ce que l’on sait agréable à
Dieu et alors on obtient toujours ce que l’on
demande.
Mais
beaucoup de personnes, même d’une
grande piété, ne peuvent pas se
désintéresser des choses de ce monde
et demandent des avantages de toutes
sortes, comme moi surtout, et vous le
savez mieux que personne ; mais
je les demande non seulement pour moi,
mais aussi pour les autres. Dieu
connaît bien l’état de mon cœur, ainsi
que mes plus secrètes pensées.
Parmi les
choses que l’on demande, il y en a
parfois de si injustes, qu’il n’y a
rien d’étonnant à ce qu’on ne les
obtienne pas, et c’est d’être exaucé
que de ne pas les avoir, quoiqu’on en
murmure.
Cependant
il n’y a pas non plus à se dissimuler
que l’on demande quelquefois des
choses parfaitement justes et qu’on ne
les obtient pas davantage.
Pourquoi ? Il y a plusieurs
raisons : l’une d’elles provient
de ce que nous demandons quelquefois
des choses qui, à notre insu, doivent
nous être nuisibles, et plus tard il
arrive que l’on se félicite de n’avoir
pas reçu ce que l’on avait demandé
avec tant d’ardeur. Mais il y a encore
un autre élément à faire entrer en
jeu : on se figure trop souvent
la prière comme une simple demande que
Dieu doit nous accorder sans aucune
participation de notre part. Quand
nous voulons obtenir un résultat, il
faut que nous nous donnions quelque
peine, et souvent par paresse ou
négligence, nous ne prenons pas ce que
Dieu nous donne réellement. Un
exemple : telle personne a
demandé de pouvoir éviter la saisie et
l’expulsion dont elle était
menacée ; elle a prié, puis elle
est allée chez son propriétaire qui
lui a donné du temps ou même a payé à
sa place. Si au lieu d’aller, elle
était restée chez elle, attendant que
sa prière soit exaucée, elle aurait
subi la catastrophe et aurait cru que
Saint Antoine ou tout autre saint
imploré n’aurait rien fait pour elle.
En réalité, elle a eu l’intuition
d’aller chez le propriétaire, et ce
dernier s’est senti poussé à aider sa
locataire ; ce qui, paraît-il,
était tout à fait contraire à ses
habitudes. Voilà ce que Dieu a donné.
Si ladite personne était restée chez
elle, si elle n’avait pas tenu compte
de son intuition, elle n’aurait pas
pris ce que Dieu lui donnait. C’est là
le véritable sens du proverbe :
Aide-toi, le Ciel t’aidera.
Ce cas est
beaucoup plus fréquent qu’on ne
croie : c’est à nous à prendre au
passage les occasions qui se
présentent, à profiter de ce que Dieu
mystérieusement nous envoie. La vie
n’est que de l’occultisme
invisible : il faut tenir compte
de l’invisible. Souvent vous demandez
quelque chose à Dieu qui vous
l’accorde ; mais l’Adversaire
multiplie les obstacles et vous êtes
condamné à la lutte à outrance :
c’est ce qui constitue les cas
difficiles.
Mais en
quoi consiste la lutte ? En bien
peu de chose, mais ce peu de chose est
énorme : l’Adversaire nous
décourage, nous montre l’impossibilité
d’obtenir ce que nous demandons, il
nous enlève toute confiance. Si nous
ne réagissons pas, si nous
désespérons, l’Adversaire nous enlève
ce que Dieu nous avait donné.
N’oublions
pas que les trois vertus théologales
nous sont indispensables pour lutter
contre l’Adversaire : la Foi,
dont le Christ nous a dit qu’elle
déplace les montagnes ;
l’Espérance, qui est une confiance en
Dieu tellement grande qu’elle nous
sert de bouclier contre toutes
attaques de l’Adversaire et les rend
vaines ; et la Charité, ou amour
de Dieu et du prochain. Comment
pourrions-nous demander une faveur à
quelqu’un que nous n’aimerions pas, ou
qui saurait que vous détestez l’un de
ses enfants ?
Mais la
vertu la plus difficile est
certainement l’Espérance. Il faut
avoir la patience et la persévérance.
Quand on invoque un saint, nous devons
espérer qu’il intercédera pour nous,
que nous obtiendrons ce que nous lui
demandons. Ce qui est bien mon cas,
pour moi, pauvre malheureux, qui
demande sans cesse et conserve espoir
sans faiblir jamais. Avec cette
espérance, je puis continuer la
lutte ; sans elle, le
découragement s’empare de vous et vous
donnez des armes à l’Adversaire ;
car en priant avec l’arrière-pensée
que nous n’obtiendrez rien, vous
n’avez plus le droit d’accuser
n’importe quel Saint : c’est à
vous-même qu’il faut vous en prendre
de votre insuccès. Sans confiance il
n’y pas de prière agréable à Dieu,
tandis que le découragement et le
désespoir sont la soumission aux
Puissances Ennemies, soumission
d’autant plus grande que l’on
renouvelle et augmente leurs droits,
car ce que Dieu nous a donné, on le
leur offre, consciemment ou
inconsciemment : peu importe, le
résultat est le même.
Mais on ne
pense pas à tout cela : on prie
et on attend la bouche ouverte. Si les
cailles n’y tombent pas toutes rôties,
on accuse Dieu d’être mauvais père. Il
n’est pas rare de voir des gens
comblés de tous les bienfaits de Dieu
proclamer qu’ils ont beau prier et
qu’ils ne reçoivent rien. Ceux-là
offensent Dieu et méritent que ce
qu’ils ont leur soit ôté.
Pour moi,
je n’accuse que moi-même de l’insuccès
que j’éprouve et de la persistance
bien déplorable de ma situation
présente – Malheur à qui se repose sur
un bras de chair !
Enfin il
faut tenir compte de ce que beaucoup
croient avoir la foi, et n’ont qu’une
simple crédulité qui frise la
superstition…
En résumé,
il est une chose bien
consolante : c’est que Dieu
donne
toujours
. Vous avez
demandé à réussir dans une entreprise
et vous échouez piteusement : ne
croyez pas que Dieu ne vous ait rien
donné. Il n’a dépendu que de vous, si
vous n’avez pas réussi, soit pour une
des raisons que je viens d’indiquer,
soit pour tout autre motif ; mais
votre trésor de grâce s’est enrichi et
vous le retrouverez un jour, soit en
cette vie, soit dans l’autre. Qui sème
maintenant récoltera plus tard.
L’essentiel est de mener une vie
intellectuelle et spirituelle, de ne
pas s’enliser dans la matière. Une
prière, dite du fond du cœur, en
esprit et en vérité, n’est jamais
perdue. Sainte Thérèse dit : Ne
ferait-on que lever les yeux au Ciel,
avec un souvenir du cœur pour Lui,
pour Dieu, il n’y a pas à craindre
qu’Il laisse cette action sans
récompense.
Quand nous
demandons, sans malice, quelque chose
d’injuste, inopportun ou ridicule, ou
quand nous n’avons pas su prendre ce
que Dieu nous donnait, la grande loi
de la conservation de l’énergie est
mise en mouvement : la grâce
temporelle est transformée en
potentielle, laquelle, à son heure, au
moment voulu, se transformera en force
active. C’est le secret de bien des
réussites, dont on ne voit pas la
cause.
Il n’y a de
bonheur qu’en Dieu et nous ne le
prions jamais en vain. Celui qui
craint Dieu fera le bien, et celui qui
est affermi dans la Justice possédera
la sagesse. Humilions-nous sous la
main de Dieu qui nous éprouve, jusqu’à
ce qu’Il nous élève au temps de sa
visite. Si nous vivons par l’esprit,
conduisons-nous par l’Esprit. Ne
faites rien sans prendre avis d’un
homme honnête, éclairé et
expérimenté : on a toujours
besoin de conseils. Qui marche seul
risque de s’égarer. N’agissez jamais
sans préparatif, car ce serait se
mettre en voyage sans réfléchir :
ce qui est un manque de prudence.
Évitez les extrêmes : ils sont
toujours nuisibles. »
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